Bref résumé issu de la lecture des textes pontificaux, des bulletins associatifs,

et de 20 années au Comité Exécutif de la FIAMC.

Dr François Blin,

Président de la FEAMC, ancien Secrétaire Général de la FIAMC

C’est sous l’impulsion du Pape Léon XIII (1878-1903) – auteur de l’encyclique Rerum Novarum – que naquirent en 1884, en France (Dr Le Bèle) et en Catalogne (Dr Anguera), les deux premières Associations Médicales Catholiques. Elles furent rapidement suivies par beaucoup d’autres.

Le St-Père Pie X (1903-1914) accueillit en audience le 9 avril 1904 plus de 300 médecins de Belgique, Espagne, France, Hollande, Italie, Lorraine, Luxembourg, Suisse, et Canada, à l’occasion du premier pélerinage international des médecins catholiques à Rome du 5 au 15 avril 1904.

Le Pape Benoît XV (1914-1922) fit tout son possible pour mettre fin aux hostilités de la guerre de 1914. La fin de son pontificat fut contemporaine de la création – à Genève – de la Société Des Nations (SDN) et du Bureau International du Travail (BIT), ce qui y motiva le déplacement ou la création d’Organisations Internationales Catholiques.

Le Pape Pie XI (1922-1939), alpiniste chevronné qui a ouvert des voies dans les Alpes, a écrit au moins quatre encycliques restées célèbres: Casti connubii (1930, sur le mariage chrétien), Quadragesimo Anno (1931, encyclique sociale faisant suite à Rerum Novarum), Mit brennender Sorge (1937, encyclique condamnant le nazisme, et rédigée avec la collaboration du Cardinal Eugenio Pacelli, son 2e Secrétaire d’Etat, et de l’Archevêque de Munich Michel von Faulhaber), et enfin Divini Redemptoris (1937, condamnant le communisme). Son premier secrétaire d’état, le Cardinal Pietro Gasparri (qui négocia des accords du Latran en 1929) soutint la création à Paris en 1924, par le Dr Octave Pasteau, du Secrétariat International des Médecins Catholiques, et lui envoya un message (de même que Mgr Pacelli) à l’occasion du cinquantenaire de la Société St-Luc à Paris en 1934, qui fut l’occasion d’une des premières rencontres européennes. Le Pape adressa des messages aux Congrès de Bruxelles en 1935, et de Vienne en 1936, mais le 3e congrès, prévu à Rome à Pâques 1937 à son initiative, fut annulé du fait de sa maladie (il mourut en février 1939).

Le Pape Pie XII (1939-1958) n’eut qu’un seul Secrétaire d’Etat, le Cardinal Luigi Maglione, qui décéda en août 1944. Sa première encyclique Summi Pontificatus, en octobre 1939, fut vécue par les autorités nazies comme une «une attaque directe contre le troisième Reich». De 1944 à sa mort il prononça plus de 80 discours, allocutions, ou messages aux professions de santé. Il accueillit en audience les médecins catholiques au Congrès International de Rome en septembre 1949, adressa un message par l’intermédiaire de Mgr Montini (substitut, futur Paul VI) aux Congrès de Lisbonne en 1947, et de Dublin en 1954, et de Mgr Roncalli (Nonce apostolique, et futur Jean XXIII) présent au Congrès de Paris en 1951. Il diffusa un long radiomessage en Français au Congrès International de La Haye le 11 septembre 1956, et une allocution radiotélévisée au Congrès de Bruxelles fin juillet 1958 (deux mois avant sa mort). Il fut un précurseur pour les questions de fin de vie, à travers ses discours du 24 février 1957 sur les problèmes moraux de l’analgésie (1), et du 24 novembre 1957 sur les problèmes moraux de la réanimation (2). Ses positions ont été reprises, non seulement dans les textes ecclésiaux ultérieurs, mais aussi dans la littérature médicale mondiale, dans les «directives» de Sociétés de Réanimation, et ont encore récemment influencé des textes législatifs sur la fin de vie.

Le St-Père Jean XXIII (1958-1963) a laissé l’image d’un Pape profondément humain, au-delà de ses encycliques, notamment Mater et Magistra (commémorant Rerum Novarum), et Pacem in Terris (face à la guerre froide), et de sa convocation du Concile. Il adressa un message de sympathie aux Congrès de Munich fin juillet 1960, et de Londres en juillet 1962.

Le Pape Paul VI (1963-1978) assura la suite et le rayonnement du Concile. Il était très proche des organisations de laïcs, et c’est lui qui créa en 1967 le «Conseil Pontifical des Laïcs» (qui devint en 1976 «Conseil Pontifical pour les Laïcs»). Il se fit représenter par Mgr Silvio Luoni au Congrès de la FIAMC à Manille en novembre 1966, envoya par l’intermédiaire du Cardinal Villot, Secrétaire d’Etat, un message de soutien au Congrès de Washington en 1970, ainsi qu’au Congrès de Barcelone en 1974, et se fit représenter par Mgr Giuseppe Caprio au Congrès international de Bombay en 1978. L’encyclique Humanae Vitae, parue le 25 juillet 1968, déclencha de nombreuses réactions, et fut sa dernière encyclique, 10 ans avant la fin de son Pontificat.

Le pontificat du Pape Jean-Paul 1er (1978) ne dura que 33 jours, mais sa simplicité et son sourire le firent immédiatement aimer.

Il est difficile de parler brièvement du St-Père Jean-Paul II (1978-2005), du fait de l’immensité du travail accompli. Il se souciait de ceux qui souffrent, et la «Vie» était son message: la création des Journées Mondiales de la Jeunesse (1984), du Conseil Pontifical pour la Pastorale de Santé (1985), de la Journée Mondiale des Malades (1992), de l’Académie Pontificale pour la Vie (1994), l’encyclique «Evangelium Vitae» (1995), ainsi que sa lutte contre la maladie, ont jalonné son itinéraire, sans oublier Assise (1986), et le retentissement libérateur de ses prises de position sociales. Il accorda des audiences aux Congrès des Médecins Catholiques à Rome en octobre 1982, juillet 2000 (où il donna – après Pie XII – une Prière du Médecin Catholique), et mars 2004 (Congress on Life-sustaining treatments and vegetative state). La FIAMC a consacré un CD (en Anglais et Italien) à ses textes en matière de Santé. Son sens du contact humain était exceptionnel. J’ai eu la chance de lui être présenté lors du Congrès de juillet 2000, alors que ses forces commençaient à décliner. Lors de sa mort, deux pays non chrétiens, l’Egypte, et l’Inde, ont décrété un deuil national de 3 jours, d’autres un deuil national plus bref.

Le Pape Benoît XVI (2005-2013) est encore parmi nous. Il a accordé des audiences aux participants des Congrès organisés à Rome par la FIAMC et l’Académie Pontificale pour la Vie, sur les Cellules souches en septembre 2006, et sur le Don d’organes en novembre 2008. Ce fut pour moi un grand privilège de lui être présenté lors de l’audience qu’il accorda aux participants du Congrès de la FEAMC à Rome le 17 novembre 2012, et j’en garde un souvenir ému. Enfin, c’est lors de la célébration de la Journée Mondiale des Malades, le 11 février 2013 à Altötting – sanctuaire marial bavarois proche de Marktl son village natal – que nous avons appris, non sans émotion, son courageux renoncement à ses fonctions.

Sa Sainteté le Pape François a déjà accordé plusieurs entretiens à José-Maria Simon. J’ai eu le privilège – avec les membres du Comité exécutif – de dîner près de sa table le 1er novembre 2013 à Domus Santae Marthae, et de le rencontrer, de façon tout à fait informelle le lendemain matin au cours de la Réunion du Groupe de Travail sur le Trafic d’êtres humains qui se tenait à l’Académie Pontificale des Sciences. Son sens pastoral lui a déjà valu d’être universellement reconnu comme l’Homme de l’année 2013.

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(1) Discours de Pie XII sur les problèmes moraux de l’analgésie, du 24 février 1957: «Si… l’administration de narcotiques entraîne par elle-même deux effets distincts, d’une part le soulagement des douleurs, et d’autre part l’abrègement de la vie, elle est licite… s’il y a entre ces deux effets une proportion raisonnable…»… «La suppression de la douleur et de la conscience par le moyen des narcotiques (lorsqu’elle est réclamée par une indication médicale) est-elle permise… (même à l’approche de la mort et si l’on prévoit que l’emploi des narcotiques abrégera la vie)? … S’il n’existe pas d’autres moyens et si, dans les circonstances données, cela n’empêche pas l’accomplissement d’autres devoirs religieux et moraux: Oui.»

(2) Discours de Pie XII sur les problèmes moraux de la réanimation, du 24 novembre 1957: «Le devoir… de prendre les soins nécessaires pour conserver la vie et la santé… n’oblige habituellement qu’à l’emploi des moyens ordinaires… c’est-à-dire des moyens qui n’imposent aucune charge extraordinaire pour soi-même ou pour un autre …» Le médecin peut interrompre une tentative qui apparaît comme une charge qu’on ne peut imposer au patient ou à sa famille car «il n’y a dans ce cas aucune disposition directe de la vie du patient, ni euthanasie ce qui ne serait jamais licite… L’interruption des tentatives de réanimation n’est jamais qu’indirectement cause de la cessation de la vie, et il faut appliquer dans ce cas là le principe du double effet…». Dans ce discours, de même que dans des discours précédents, il rappelle que «le médecin ne peut agir que si le patient l’y autorise…».

◊   Article appeared on our last bulletin «Decisions», May, 2014