Un de mes amis banquiers me disait il y a quelques années : « Tu as de la chance comme médecin tu peux t’ajuster à l’image du Bon Samaritain. Le métier de médecin permet de discerner plus facilement ce que nous dit notre foi dans notre rapport à l’autre grâce à cette parabole. Le soin est chrétien. » Peut-être, mais pas sûr … Aujourd’hui, je lui répondrai volontiers que le médecin s’est octroyé la posture, l’aura du Bon Samaritain. Mais il se trouve frappé du « syndrome des plumes du paon ».

Fut un temps pas si éloigné où l’image du médecin pouvait être proche des représentations de cette parabole emblématique. En effet, il se trouvait souvent dans une proximité étroite avec son malade. Il faisait sa connaissance par tous ses sens. Il était le proche de son malade avec un contact physique certain. Mon grand-père préférait ausculter ses patients à travers un linge propre, l’oreille plaquée sur le corps de son patient. Il écoutait certes mais en percevait aussi toutes les vibrations intérieures. Aujourd’hui le savoir médical et sa technique mettent une distance entre le malade et le médecin. Savoir médical et connaissance du patient de sa maladie ne se font plus obligatoirement la courte échelle… L’image de cette belle icône s’éloigne.

Relisons cette parabole. Le Bon Samaritain n’a pas soigné. Il est l’autorité qui dit le bien commun : prendre soin de l’autre. Il confie ce blessé à cet autre, hôtelier. Il reviendra quand tout sera accompli, pour solder les comptes, ou en d’autres mots plus justes bénir le bien commun.

Le Bon Samaritain a cette autorité qui lui permet de voir le blessé, de l’estimer à hauteur de dignité pour qu’il soit soigné. Il est cet étranger déconsidéré qui vient nous souligner l’autorité du bien commun. Il prend en charge physiquement lui-même le blessé sur sa monture. Il ne connaît personne. Il va donc trouver le premier qui se présente à qui confier cet autre blessé. Pourquoi choisir un hôtelier ? Pour sa fonction symbolique première : l’hospitalité. Cet hôtelier n’a pas choisi  celui qu’il va recevoir. Le préposé élu aurait pu être  vous ou moi. L’autorité du Bon Samaritain s’adresse à tous. Nous avons tous sur notre chemin des blessés. Écoutons- nous toujours l’autorité de l’invitation du Bon Samaritain à considérer cet autre meurtri à hauteur de cœur, à l’accueillir et à le soigner ?… Le bien commun réalisé par l’hôtelier dira toute l’autorité du Bon Samaritain. Comme médecins nous devons être cet hôtelier et apprendre à réaliser le bien commun en toute humilité.

Nous sommes arrivés à une ère où l’hôpital sous des contraintes diverses produit du traitement. Est-il toujours hospitalier ? Nous sommes arrivés à une ère où la responsabilité du soin est partagée. En fin de vie, par exemple, la personne la plus importante, la plus proche du patient n’est-elle pas l’aide-soignante qui vient soigner le plus intime. Le médecin est un « co-soignant ». Il partage cette autorité pour ce bien commun, pour cette communauté de bien.

Le Bon Samaritain n’a fait qu’une chose : il a considéré avec autorité ce blessé comme son proche. Chacun d’entre nous est appelé à vivre de cette même autorité pour être le proche de l’autre et faire advenir le bien commun et en vivre.

Bertrand Galichon

Président du CCMF

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Le Centre Catholique des Médecins Français a pour objet de promouvoir la réflexion sur la nécessaire cohérence humaine et spirituelle du soin porté à autrui. Le CCMF publie la revue « Médecine de l’Homme » accessible à partir du site de l’association.

Les rédacteurs sur ce blog sont :
Bernard Ars (ORL, président de la Société Médicale Belge de Saint Luc)
François Blin (ancien réanimateur, ancien président de la Fédération Européenne des Associations de Médecins Catholiques)
Christophe de Champs (PU-PH, chef de service de bactériologie du CHU de Reims)
David Doat (philosophe, Université Catholique de Lille)
Bertrand Galichon (médecin urgentiste)
Gilles Grangé (obstétricien)
Patrick Julienne (chirurgien)